La Prière sacerdotale (Jn 17)

La Prière sacerdotale (Jn 17)

Joël Reymond
19 / 12 / 19

La prière qui clôt le discours d’adieux de Jésus dans l’Evangile de Jean, dite prière sacerdotale, nous fait penser à une conversation intime que nous aurions surprise, un peu gênés, peut-être. C’est un peu de la Trinité même, dans son échange constant d’amour réciproque, qui s’ouvre à nous. Si nous pouvons prier la plupart des prières de la Bible, personnellement et collectivement, celle-là est à part. Difficile de la prier, sinon peut-être à la veille d'un martyre, mais là même, certaines paroles appartiennent encore exclusivement au Fils de Dieu. Voici quand même quelques pistes pour entrer dans ce texte et y trouver une place.

«Voici Père, l’heure est venue». La prière sacerdotale se situe après le lavement des pieds de Jésus et son discours d’adieux à ses disciples; cela nous situe dans le cycle de la Pâque. En même temps, on l’a appelée «prière sacerdotale», qui fait plutôt référence, dans l’univers biblique, à Kippour, le jour des expiations. Pourquoi parler de Kippour? Parce que c’est ainsi que je me représente concrètement cette prière en relation avec le peuple que nous sommes: Jésus s’apprête à porter à son comble son amour pour nous en donnant sa vie, de la même manière que le grand-prêtre de la Première Alliance s’apprêtait à entrer dans le saint des saints, où la mort n’était pas à exclure, car il allait affronter la justice divine. Sa prière, alors, me concerne au plus haut point. Il est, en ce instant, porteur de nos péchés et s’il parle en «je», c’est en mon nom et au nom de mes frères. Et si la prière de Kippour était solennelle, la plus solennelle qui soit, que dire de celle de Jésus à l’approche de sa Passion? Premièrement, je suis frappé par l’absolue confiance qui règne entre lui et le Père. Jésus finira même par dire: «Je veux que… (les miens soient toujours avec moi)». Qui prie comme ça?

Mystères insondables et voyages dans le temps
J’écoute ainsi Jésus prier son père et nous dévoiler des mystères insondables. Ce n’est pas une prière d’enseignement, mais nous recevons tellement!

  • Car il déclare: «C’est pour eux – nous autres, disciples – que je prie en cet instant suprême». Et Jésus voyage dans le temps! «Ceux que tu m’as donnés», c’est en effet une toute petite minorité de ceux qui lui seront donnés que le Maître avait sous les yeux et en pensée quand il a prié cette prière; la majorité était à venir, nous en faisons partie. «La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent» – Ma vie éternelle est déjà commencée, puisque je ressusciterai avec lui. Amen, Jésus, je le veux avec toi. 
  • Jésus ne me veut pas hors de la société, mais mis à part et préservé, autant que faire se peut. Amen, Jésus, je le veux avec toi. 
  • «Le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde.». Amen, Jésus. Je l’accepte avec toi, j’accepte contre nous qui sommes tes disciples, cette part d’opposition illogique et même maléfique de nos frères en humanité qui ne te connaissent pas, au loin mais également ici, au près, dans nos confortables vies helvétiques.

La prière d’unité qui sera un jour exaucée
Tout cette prière de Jésus tend vers sa conclusion: que tu soient un! Un jour, nous serons un comme Dieu est un - ekhadNous participerons à ton mystère, à ta substance, ô Dieu unique. Un jour, cette prière sera exaucée et accomplie, il n’y a aucune prière de Jésus à laquelle tu aies, Père céleste, dit «non». J’ai toute confiance qu’un jour, nous serons unis, nations actuellement ennemies, confessions chrétiennes divisées, frères brouillés. Un jour prochain… mais aujourd’hui? Ô que cette prière puisse toucher terre et ne pas rester une belle vision céleste, vision d’avenir peut-être. Je veux – je parle comme Jésus – voir dans ma génération davantage de cette unité des croyants, qui te révèle au monde et moins de ces divisions qui nous font perdre toute crédibilité. Que nous soyons uns! Je suis encouragé de savoir que cette unité est en marche, non seulement par la foi, mais par la vue également: Le mouvement d’unité dans ton Corps est une réalité, Jésus notre Sauveur; elle a tant progressé ces dernières décennies. Aussi, donne-moi un souci de l’unité de ton Corps pareil à celui de mes frères catholiques. Si si, j’insiste! Je jalouse leur zèle pour cette cause. Permets-moi de me joindre à la prière de ton Fils bien-aimé, Jésus: «Père, unis nous tous!»

Une prière littéralement sacerdotale: un la prie, les autres écoutent
En finalité, je ne sais toujours pas s’il est bon que nous prions cette prière nous-mêmes. Eventuellement pour nous identifier mieux à Jésus. La re-prier aujourd’hui peut-elle faire de nous des Jésus comme par magie? Et pourquoi pas… un petit peu, au moins? Je crois à la puissance de cette Parole, surtout quand elle est proclamée. Mais pour revenir à cette prière sacerdotale, j’ai à l’esprit une forme de mise en scène pédagogique, allons-y, de liturgie! Il faudrait qu’un fidèle, lors d’un culte, incarne Jésus et prie le prière sacerdotale à haute voix, mais sans nous regarder, en nous tournant le dos, que nous puissions contempler le mystère de la Trinité. Car entre nous, il y a plus qu’un jeu ou une mise en scène: la prière sacerdotale est la prière que Jésus prierait au milieu de nous, aujourd’hui, si nous pouvions l’entendre: «Garde mes disciples, Père, comme je les ai gardés. Unis-les, afin que le monde croie…». Alors pourquoi ne pas le faire entendre littéralement? Avez-vous déjà mis ce texte mis en valeur de la sorte, en le faisant prier au micro par quelqu’un alors que les autres écoutent? Pourquoi ne pas essayer dans un prochain rassemblement?